Guterres : « Nous avons l’obligation de tout faire pour mettre fin à la crise climatique »

ONU Info

Photo : ONU/Loey Felipe | Vue d’ensemble de la salle de l’Assemblée générale des Nations Unies lors de l’ouverture du Sommet Action Climat de l’ONU le 23 septembre 2019

23 Septembre 2019|Changement climatique

A l’ouverture du Sommet Action Climat lundi au siège des Nations Unies à New York, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé un vibrant appel à l’adresse des dirigeants du monde, leur rappelant qu’ils avaient l’obligation « de tout faire pour mettre fin à la crise climatique ».

« Si nous ne changeons pas d’urgence nos modes de vie, nous mettons en péril la vie elle-même », a déclaré M. Guterres dans un discours devant des dizaines de chefs d’Etat et de gouvernement participant à ce sommet.« La science nous dit qu’avec notre trajectoire actuelle, nous devons faire face à un réchauffement global d’au moins 3 degrés Celsius d’ici la fin du siècle. Je ne serai pas là, mais mes petites-filles le seront. Et vos petits-enfants aussi. Je refuse d’être complice de la destruction de leur maison et de leur seule maison », a-t-il ajouté. « Je ne serai pas un témoin silencieux du crime de condamner notre présent et de détruire leur droit à un avenir durable. C’est mon obligation – notre obligation – de tout faire pour mettre fin à la crise climatique avant qu’elle n’entraîne notre fin. Le temps presse. Mais ce n’est pas trop tard ».

« Ce n’est pas un sommet sur le climat. Nous avons assez discuté. Ce n’est pas un sommet de négociation sur le climat car nous ne négocions pas avec la nature. C’est un sommet d’action sur le climat », a insisté le Secrétaire général. Il a rappelé que les participants à ce sommet (gouvernements, villes, entreprises, acteurs financiers) sont venus avec des engagements.

“Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos mots vides – Greta Thunberg”

A la tribune, la jeune militante suédoise, Greta Thunberg, a lancé une mise en garde aux dirigeants mondiaux : « Mon message est le suivant : nos regards seront braqués sur vous ».

« Ce n’est pas normal. Je ne devrais pas être ici. Je devrais être à l’école de l’autre côté de l’océan. Pourtant, vous venez à nous, les jeunes, pour vous donner de l’espoir. Comment osez-vous ? Vous avez volé mes rêves et mon enfance avec vos mots vides », a-t-elle déclaré. « Tous nos écosystèmes sont en train de s’effondrer. Nous sommes au début d’une extinction massive et tout ce dont vous savez parler c’est d’argent. Un conte de fées de croissance économique. Comment osez-vous ? ».

« Depuis plus de 30 ans, la science est limpide. Comment osez-vous continuer à détourner le regard et venir ici et dire que vous en faites assez quand la politique et la solution requise sont toujours absentes », a-t-elle ajouté.

Neutralité carbone d’ici 2050

Pour réussir à mettre fin à la crise climatique, selon la communauté scientifique, il faut à tout prix réduire les émissions de gaz à effet de serre de 45% d’ici 2030 ; atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 ; et limiter la hausse de la température globale à 1,5 degré Celsius d’ici la fin du siècle.

« Une accélération des financements climatiques est donc nécessaire », a dit M. Guterres. Cela veut dire reconstituer les ressources du Fonds vert pour le climat, tout comme il est essentiel que les pays développés respectent l’engagement pris de mobiliser, d’ici 2020, 100 milliards de dollars par an de fonds publics et privés, afin de soutenir les pays en développement dans leurs efforts d’atténuation et d’adaptation.

Le Secrétaire général a rappelé que même si l’on réussit à baisser les émissions, les effets dramatiques du changement climatique sont déjà là. « L’adaptation est donc devenue une priorité absolue et une condition essentielle pour augmenter la résilience des pays et des communautés et éviter la souffrance humaine », a-t-il souligné.

Il a remercié les pays qui ont d’ores et déjà augmenté leurs engagements, en particulier ceux qui ont doublé leurs contributions au Fonds vert pour le climat.

”N’ayons pas peur d’être ambitieux, n’ayons pas peur d’accentuer la pression et, surtout, n’ayons pas peur de sans cesse rappeler la vérité et la réalité de la situation – António Guterres, Secrétaire général de l’ONU”

Selon le Secrétaire général, ce sommet n’est pas censé résoudre tous nos problèmes du jour au lendemain, mais il doit donner l’élan nécessaire pour activement mettre en œuvre les objectifs de l’Accord de Paris sur le climat qui a été signé en 2015.

Plusieurs rencontres sont prévues à l’avenir : la Conférence des Nations Unies sur le climat (COP 25), qui aura lieu en décembre à Santiago, au Chili, et l’année prochaine, la Conférence sur le transport durable à Beijing, en Chine ; la Conférence sur les océans à Lisbonne, au Portugal ; la Conférence sur la biodiversité à Kunming, en Chine ; et le Sommet sur la nature à New York.

“N’ayons pas peur d’être ambitieux, n’ayons pas peur d’accentuer la pression et, surtout, n’ayons pas peur de sans cesse rappeler la vérité et la réalité de la situation” a déclaré M. Guterres.

« Adressons aux dirigeants politiques et aux acteurs des marchés le message suivant : la transition vers une économie verte aboutira à de meilleures conditions de vie, à de meilleurs emplois, à une meilleure santé, à une meilleure sécurité alimentaire, à davantage d’égalité et à une croissance durable. Si nous avançons ensemble, personne ne sera laissé de côté », a-t-il ajouté.

Des initiatives annoncées

Tout au long de la journée, les délégués ont expliqué ce que leurs pays faisaient pour s’adapter au changement climatique, réduire les émissions de gaz à effet de serre et améliorer les engagements pris dans le cadre de l’Accord de Paris.

Parmi les nombreuses initiatives présentées, Sebastián Piñera, le Président du Chili, a annoncé la création d’une Alliance pour l’ambition climatique, rassemblant les pays prêts à s’engager à renforcer leur action d’ici 2020 et à œuvrer pour atteindre zéro émission nette de dioxyde de carbone d’ici 2050. Ce groupe comprend 66 pays, 10 régions, 102 villes, 93 entreprises et 12 investisseurs qui se sont engagés pour l’échéance de 2050.

Afin de sortir du monde de sa dépendance actuelle aux combustibles fossiles, l’Alliance de l’énergie sans charbon (Powering Past Coal Alliance) a été élargie pour inclure 30 pays, 22 États ou régions et 31 sociétés déterminées à arrêter la construction de nouvelles centrales à charbon en 2020, et à procéder à une transition rapide vers les énergies renouvelables.

Dans le secteur de la finance pour le climat, l’Alliance de propriétaires d’actifs (Asset Owner Alliance), regroupant les plus grands fonds de pension et assureurs du monde, chargés de gérer plus de 2.000 milliards de dollars d’investissements, s’engage à passer à des portefeuilles d’investissement neutres en carbone d’ici 2050. Les membres de l’Alliance commenceront immédiatement avec les entreprises dans lesquelles ils investissent pour s’assurer de la décarbonisation de leurs modèles commerciaux.

Plusieurs pays ont lancé la Campagne mondiale pour la nature, qui vise à préserver 30% des terres et des océans de la planète d’ici à 2030.

L’initiative Bâtiments Zéro Carbone pour Tous s’engage à rendre les nouveaux bâtiments 100% zéro carbone d’ici 2030 et les bâtiments existants d’ici 2050. Les banques de développement multilatérales et les institutions financières privées se sont engagées à aligner leur financement des bâtiments sur l’Accord de Paris et les politiques climatiques nationales. Cela pourrait générer un investissement de 1.000 milliards de dollars dans les bâtiments «conformes à Paris» dans les pays en développement d’ici 2030.