La génération montante face à l’urgence climatique

par António Guterres

António Guterres, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies

New York, 15 mars 2019 – Hier, des dizaines de milliers de jeunes sont descendus dans la rue pour adresser un message clair aux dirigeants de ce monde : agissez maintenant face à l’urgence climatique pour sauver notre planète et notre avenir.  

Ces écoliers et écolières ont compris ce qui semble échapper à bon nombre de leurs aînés : nous luttons pour notre survie, et nous sommes en train de perdre la bataille. Bientôt, il sera trop tard ; nous ne pouvons plus nous permettre de rester les bras croisés, et reporter la lutte contre les changements climatiques est presque aussi néfaste que nier leur existence. 

Ma génération n’a pas été à la hauteur face à la menace titanesque des changements climatiques, et les jeunes font les frais de cette inaction. Rien d’étonnant à ce qu’ils soient en colère.  

Malgré des années de pourparlers, les émissions mondiales atteignent des niveaux records et ne montrent aucun signe d’affaiblissement. La concentration de dioxyde de carbone dans l’atmosphère est la plus élevée que notre planète ait connue depuis 3 millions d’années. Les quatre dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées, et dans l’Arctique, les températures hivernales ont augmenté de 3 °C depuis 1990. Le niveau des mers monte, les récifs coralliens sont à l’agonie, et nous commençons à voir les conséquences mortelles que peuvent avoir les changements climatiques sur la santé, que ce soit par la pollution de l’air, les vagues de chaleur ou les risques qu’ils font peser sur la sécurité alimentaire.  

Heureusement, nous avons l’Accord de Paris – un cadre précurseur, viable et tourné vers l’avenir, qui énonce précisément ce qui doit être fait pour mettre un terme au dérèglement climatique et en inverser les effets. Toutefois, cet accord n’a de sens que s’il s’accompagne d’une action ambitieuse.  

C’est la raison pour laquelle je convierai cette année les dirigeants mondiaux à se réunir lors d’un Sommet sur l’action pour le climat. J’appelle l’ensemble des dirigeants à venir à New York au mois de septembre avec des projets réalistes et concrets destinés à améliorer leurs contributions déterminées au niveau national d’ici à 2020 afin de réduire des émissions de gaz à effet de serre de 45 % au cours des dix prochaines années et d’atteindre l’objectif « zéro émission » à l’horizon 2050.  

Le Sommet réunira des représentants des gouvernements, du secteur privé, de la société civile, des collectivités locales et d’autres organisations internationales qui travailleront ensemble à l’élaboration de solutions ambitieuses dans six domaines : les énergies renouvelables; la réduction des émissions ; les infrastructures durables ; l’agriculture durable et la gestion durable des forêts et des océans ; les moyens de résister aux effets des changements climatiques ; l’investissement dans l’économie verte.

D’après la dernière analyse en date, si nous agissons maintenant, il est encore possible de réduire les émissions de carbone en 12 ans et de limiter le réchauffement planétaire à 1,5°. Si nous poursuivons sur notre voie actuelle, en revanche, les conséquences sont impossibles à prévoir.

L’action climatique est certes indispensable à la lutte contre un phénomène qui menace notre survie, mais elle a également un coût. Il est donc important que les plans d’action ne fassent ni perdants ni gagnants et qu’ils n’ajoutent pas aux inégalités économiques. Ils doivent au contraire être équitables et créer de nouveaux débouchés pour les personnes désavantagées par la transition afin que cette dernière soit juste. 

L’industrie est avec nous. La mise en place accélérée de solutions aux effets des changements climatiques peut renforcer nos économies et créer des emplois, tout en nous offrant un air plus pur, en préservant la biodiversité et les habitats naturels et en protégeant notre environnement.  

Les nouvelles technologies et solutions d’ingénierie produisent déjà de l’énergie à un coût plus rentable que les sources d’énergie fossile. Dans presque toutes les grandes économies mondiales, le solaire et l’éolien terrestre sont désormais les moyens les moins chers de produire de l’énergie en masse. Toutefois, un changement radical s’impose. 

Nous devons arrêter de subventionner les combustibles fossiles et l’agriculture polluante et nous tourner vers les énergies renouvelables, les véhicules électriques et les pratiques respectueuses du climat. Nous devons adopter une tarification du carbone qui reflète le coût réel des émissions, y compris en termes de risque climatique ou de conséquences de la pollution de l’air sur la santé. Enfin, nous devons accélérer la fermeture des centrales thermiques au charbon et proposer aux travailleurs concernés des emplois moins dangereux pour leur santé, afin que la transition soit juste, inclusive et bénéfique.  

La machine est en marche : le public s’intéresse à la cause, et la détermination à faire appliquer les mesures promises dans l’Accord de Paris connaît un nouveau souffle. Le Sommet sur le climat doit poser la première pierre de l’avenir que nous voulons.  

Je terminerai en m’adressant aux jeunes femmes et aux jeunes hommes qui ont manifesté hier. Je sais que la jeunesse peut changer le monde, et qu’elle le fait déjà.  

Je sais aussi que beaucoup d’entre vous s’inquiètent de l’avenir, et je comprends votre préoccupation et votre colère. Mais je sais, surtout, que l’humanité est capable de déplacer des montagnes. Vos voix me remplissent d’espoir.  

Plus je vous vois vous engager et défendre vos convictions, plus je suis certain que nous finirons par gagner la bataille. Ensemble, avec votre aide et grâce à vos efforts, nous pouvons, et nous devons, anéantir la menace qui pèse sur notre planète et créer un monde plus propre, plus sûr et plus vert pour toutes et tous.