Les mesures américaines suspendant la réinstallation de réfugiés devraient être levées, selon le chef de l’ONU

Centre d’actualités de l’ONU

Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, devant la presse. Photo ONU/Manuel Elias

1 février 2017 – Réagissant à la récente suspension par les Etats-Unis de leur programme de réinstallation des réfugiés, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a déclaré mercredi que la réinstallation est souvent « la seule solution possible » pour les personnes fuyant les conflits et les persécutions, et que la politique américaine « devrait être supprimée tôt ou tard ».

Interrogé par des journalistes sur l’impact du décret signé par le Président américain Donald Trump le 27 janvier, qui suspend notamment le programme américain de réinstallation des réfugiés pendant 120 jours, interdit l’entrée de réfugiés de sept pays majoritairement musulmans pendant 90 jours et suspend l’entrée des Syriens indéfiniment, le chef de l’ONU a déclaré que la réinstallation est « indispensable » et que « les États-Unis ont toujours été à l’avant-garde de la protection des réfugiés ».

M. Guterres, s’exprimant devant la presse au siège de l’ONU après son retour d’une visite en Ethiopie pour un Sommet de l’Union africaine, a souligné qu’à son avis, « cette politique américaine n’est pas la meilleure façon […] de protéger les Etats-Unis ou d’autres pays, s’agissant des préoccupations sur la possibilité d’infiltrations de terroristes. Je ne pense pas que ce soit un moyen efficace de le faire et je pense que ces mesures devraient être supprimées tôt ou tard ».

Notant que ces mesures « violent nos principes de base », il a estimé qu’elles ne sont pas efficaces si l’objectif est d’éviter que des terroristes entrent aux États-Unis. « J’espère vraiment que les Etats-Unis seront en emsure de rétablir leur très solide protection des réfugiés sous forme de réinstallation, et j’espère que les Syriens ne seront pas exclus de ce processus », a-t-il ajouté.

Des experts jugent le décret discriminatoire

Un groupe d’experts des droits de l’homme des Nations Unies a déclaré mercredi que le décret signé par le Président américain viole les obligations internationales du pays en matière de droits humains qui protègent les principes de non-refoulement et non-discrimination fondés sur la race, la nationalité ou la religion.

Le décret présidentiel interdit à tous les ressortissants de sept pays à majorité musulmane – Iran, Iraq, Libye, Somalie, Soudan, Syrie et Yémen – d’entrer aux États-Unis pour les 90 jours suivants.

« Un tel décret basé sur la nationalité est clairement discriminatoire et conduit à une stigmatisation accrue des communautés musulmanes », ont déclaré les Rapporteurs spéciaux des Nations Unies sur les migrants, François Crépeau, sur le racisme, Mutuma Ruteere, sur les droits de l’homme et la lutte contre le terrorisme, Ben Emmerson, sur la torture, Nils Melzer, et sur la liberté de religion, Ahmed Shaheed.

« La récente politique américaine en matière d’immigration risque également de renvoyer des personnes sans évaluation individuelle et procédures d’asile appropriées, vers des lieux où elles risquent d’être soumises à la torture et à d’autres traitements cruels, inhumains ou dégradants, en violation directe des lois humanitaires internationales et des droits humains qui soutiennent le principe du non-refoulement », ont-ils averti.

Ce décret s’applique à ceux qui viennent de ces pays – qu’ils aient ou non des documents de visa valides ou qu’ils soient en transit. Il affecte également les personnes qui ont la double nationalité, ont un passeport de l’un de ces pays ou sont en provenance de l’un de ces pays. Ceux qui résident actuellement aux États-Unis peuvent être en mesure de se rendre aux États-Unis, mais ils ne sont pas garantis de pouvoir entrer.

« Cela est profondément inquiétant, et nous sommes préoccupés par le fait que les personnes qui voyagent aux États-Unis seront soumises à une détention pour une période indéterminée et finalement déportées », ont déclaré les experts en droits humains.

Le décret, qui met fin à l’ensemble du programme des États-Unis pour les réfugiés pendant 120 jours et interdit indéfiniment l’entrée des réfugiés syriens, arrête l’entrée prévue de plus de 50.000 réfugiés au cours de l’exercice fiscal 2017 qui a débuté en octobre 2016 et prendra fin en septembre 2017.

« Au milieu de la plus grande crise migratoire au monde depuis la Seconde guerre mondiale, il s’agit d’un revers important pour ceux qui ont évidemment besoin d’une protection internationale. Les États-Unis doivent respecter leurs obligations internationales et protéger ceux qui fuient les persécutions et les conflits », ont souligné les spécialistes des droits de l’homme. « Les États-Unis sont également impliqués dans des conflits comme ceux en Iraq et en Syrie et leur responsabilité doit inclure l’offre d’un refuge à ceux qui fuient les conflits ».

L’Organisation mondiale du tourisme condamne

L’Organisation mondiale du tourisme (OMT), institution spécialisée des Nations Unies chargée du tourisme, a assui fait part de sa profonde préoccupation et a condamné vigoureusement l’interdiction de voyager aux États-Unis pour les ressortissants de sept pays.

Selon l’OMT, l’interdiction de voyage, fondée sur la nationalité, va à l’encontre des principes de la liberté de voyager et de la facilitation des voyages défendus par la communauté internationale du tourisme. Elle fera obstacle à l’immense contribution du secteur du tourisme à la croissance économique et à la création d’emplois dans de nombreux pays, dont les États-Unis.

« Les défis mondiaux exigent des solutions mondiales et les défis de sécurité qui se posent aujourd’hui ne devraient pas nous conduire à ériger de nouveaux murs. L’isolationnisme et les mesures discriminatoires sans discernement ne vont pas améliorer la sécurité mais, au contraire, accroître les tensions et amplifier les menaces » a déclaré le Secrétaire général de l’OMT, Taleb Rifai. « Outre leur impact direct, de telles interdictions de voyage nuisent assurément à l’image, auprès des visiteurs du monde entier, du pays qui les impose d’une manière aussi hostile et risquent de mettre à mal la demande de voyage à destination des États-Unis ».